Le sketchnote : un outil pour ré-enchanter les façons d’apprendre

Une attitude mariste nous invite à « Former la personne ». Certains ne jurent que par le tout numérique, mais… un papier, un crayon, une main et un cerveau peuvent avoir de précieuses vertus. Antoine de la Garanderie, pédagogue et théoricien de la « Gestion mentale » a souligné l’importance du geste d’attention dans l’acte d’apprendre. Plus le corps est dans l’action, plus l’attention et la concentration sont au rendez-vous. Par ailleurs, utiliser le geste permet de créer un ancrage positif pour mieux retenir, solliciter la mémoire kinesthésique (du mouvement).

Dans la grande famille de la pensée visuelle on trouve, entre-autre : la carte mentale, l’infographie et le sketchnote auxquels nous formons nos élèves, au sein de notre ensemble scolaire. Partons à la découverte du sketchnote pour étoffer la boîte à outils méthodo de nos élèves, libérer la créativité mais aussi…  remettre le geste dans l’action !

Qu’est-ce qu’un sketchnote ?

Le terme est une combinaison de deux termes anglais : note qui signifie « prise de notes » et sketch dans le sens : « esquisser, dessiner ».  C’est donc une méthode de prise de notes créative, mêlant l’écrit et le dessin sur une seule page. Elle vise à transformer les mots et idées en images. C’est nouveau ? Pensons aux carnets de Léonard de Vinci ou aux planches de Jacques Prévert pour la préparation du film « Les enfants du paradis ».

Pour réaliser un sketchnote, il y a naturellement des ingrédients indispensables : le lettrage, la structure, les bannières… que nous esquissons au tableau tout en les présentant aux jeunes.

Sketchnotes réalisés par des élèves de 3e lors d’une séance de 2h de français. L’objectif était de faire une synthèse des notions importantes de la leçon, en amont de l’évaluation.

Une posture, un état d’esprit

Pour guider les élèves, on pourra régulièrement rappeler que dans le sketchnote :

  • Il est très important de se faire plaisir,
  • Mais aussi de ralentir pour dessiner lentement, avec application et en réfléchissant bien à ce que l’on est en train de faire
  • Nous centrer sur l’essentiel (à extraire de la leçon par exemple)
  • Et enfin : ne pas chercher la perfection. Le processus est aussi important que le résultat.

Le sketchnote … pour quoi faire ?

  • Apprendre une leçon, une poésie…
  • Réaliser le support d’un oral
  • Résumer un livre, une notion

Quels avantages ?

  • Cultiver la créativité
  • Favoriser l’attention et la concentration
  • Comprendre et mémoriser
  • Créer des affichages visuels et attrayants
  • Susciter l’implication, la curiosité et l’innovation

Extraits de l’article « Réaliser un sketchnote » paru dans la revue InterCDI 288 (novembre – décembre 2020).

V. BREYTON, Enseignante-documentaliste, Facilitatrice visuelle certifiée
Ensemble scolaire Bury-Rosaire (95)

Pour aller plus loin :
Apprendre avec le sketchnoting : Comment ré-enchanter les manières d’apprendre grâce à la pensée visuelle – Audrey Akoun ; Philippe Boukobza ; Isabelle Pailleau – Eyrolles, 2017
Le sketchnoting à l’école primaire – Manuella Chainot-Bataille – Dunod, 2021
La boîte à outils de la pensée visuelle – Béatrice Lhuillier ; Caroline Tsiang – Dunod, 2021

Témoignage de l’Ukraine

Le Lycée Saint-Vincent à Senlis entretient un lien très fort avec l’Ukraine, historiquement mais aussi fraternellement avec notamment un échange. Voici une lettre d’une enseignante de Français de l’établissement en question qui participe à cet échange depuis plus de 20 ans. Les initiatives locales sont nombreuses mais je souhaite vous partager ce témoignage :

Statue d’Anne de Kiev à Saint-Vincent

« Chers amis !
Aujourd’hui l’Ukraine est en feu. Nos soldats en première ligne font preuve d’un héroïsme sans bornes défendant leur Patrie.

Nos élèves ne peuvent pas aller à l’école, les gens doivent descendre se réfugier au sous-sol craignant des bombardements. Il est terrifiant que les gens doivent vivre ainsi au 21ème siècle, sur le sol européen. Ces quatre jours ont changé à jamais notre pays et le monde. Où sont tous ceux qui ont promis de capturer Kiev en deux heures ? Je ne les vois pas. Mais je vois une armée héroïque, des gardes victorieux, des gardes-frontières intrépides, des sauveteurs désintéressés, des policiers fiables, des anges médicaux infatigables. Tous ceux qui font leur devoir.

Des milliers et des milliers de citoyens qui ont pris les armes, ont rejoint les rangs de la défense territoriale et se battent. Des SDF qui récupèrent les bouteilles pour ceux qui préparent des cocktails Molotov, des gitans, qui volent des chars à l’ennemi, comme des chevaux avant.
Pendant la guerre il n’y a pas que les soldats qui meurent. Malheureusement, la population civile et surtout les enfants, souffre énormément. A ce jour, de nombreux enfants sont morts et beaucoup ont été blessés.
Maintenant surtout, la guerre apporte aux enfants des souffrances émotionnelles, du stress et des dépressions nerveuses. Des nuits dans des abris anti-bombes ou dans le métro, les sons d’une sirène, des tressaillements d’explosions – la psyché d’un enfant fragile a beaucoup de mal à supporter tout cela.
Pourquoi est-ce que je parle des enfants ? Depuis de nombreuses années dans le cadre d’échange entre nos deux établissements les élèves de mon école avaient la possibilité de venir dans votre lycée pour améliorer leur niveau de français, découvrir la culture et l’histoire de votre région. Nous recevons beaucoup d’appels de familles qui recevaient nos enfants. On sent le profond soutien des professeurs du lycée. Nous vous remercions pour les actions organisées avec les étudiants. Nous avons vu une compréhension profonde du malheur ukrainien, son désir dans ces moments difficiles de nous tendre la main. Elle a réussi de vous présenter notre âme slave. Nous sommes reconnaissants à tous ceux qui ont prié pour nous ces jours-ci, qui ont collecté de l’aide humanitaire, apporté des fleurs, allumé des bougies.

Nous vous remercions pour votre amitié et votre solidarité.
En cette période difficile, vous, nos amis, restez l’épaule de l’amitié, levez-vous pour aider notre pays, obligez vos dirigeants à prendre rapidement des décisions politiques, économiques et militaires en notre faveur. Nous avons un dicton « On reconnait ses amis dans les périodes difficiles ». Aujourd’hui nous voyons clairement que l’Ukraine a des amis fiables. 

Vive l’Ukraine et vive la France »

Véra, le 1er mars 2022

Lumière de la Nativité

Noël est passé… La lumière de la Nativité et le regard de Marie illuminent notre hiver. La fête patronale au collège en temps de Covid… Un défi relevé !

Convivialité de l’accueil du matin, autour d’un chocolat chaud – brioches malgré vent, pluie et visages masqués !
Disponibilité de chacun pour une relecture de notre projet d’établissement à la lumière des valeurs et attitudes qui nous animent.
A priori-positif sur l’arbre de Bury-Rosaire porteur de nouvelles feuilles, fruits de la réflexion des élèves.
Joie d’un après-midi décloisonné d’ateliers créatifs, ludiques et coopératifs.
Simplicité de planter nos bulbes printaniers dans le parc endormi.

« 8 décembre » de l’Avent qui ouvre sur une nouvelle saison pour notre établissement !

Paroles d’élèves, semeurs d’Espérance :
Devenir « Dans ce collège, j’ai l’impression de DEVENIR moi-même ! » Trouver sa place « J’ai trouvé ma place dans le collège et transmis du bonheur en aidant les associations ». S’ouvrir au monde, s’ouvrir à l’autre « S’ouvrir au monde en sorties d’intégration ». Coopérer « on a appris à travailler ensemble, à se soutenir ; on a appris à accepter les autres avec leurs défauts et leurs qualités, on a appris à coopérer pour mieux avancer et réussir ». Confiance : « beaucoup de professeurs m’aident à avoir confiance en moi ainsi que mes camarades ». Rester soi-même : « Cette école me permet de rester moi-même grâce à ses professeurs bienveillants et à la confiance qu’ils m’accordent ». Grandir : « Depuis que je suis arrivé en 6ème, chaque jour, j’ai grandi au contact de la nature grâce au Parc du collège et avec les professeurs qui m’ont accompagné. Accompagner : « j’ai vécu cette valeur pendant le cross de primaire et celui du collège durant lesquels je me suis porté volontaire pour accompagner les jeunes. » Apprendre : « on apprend chaque jour grâce à l’équipe pédagogique ». « j’en ai appris plus sur moi-même et sur les autres ». Avoir du Cœur « Dans cet établissement, on nous a montré à travers le marché de Noël, le cross solidaire, les boites de Noël, l’importance de donner, de partager. C’est une belle valeur qui est représentative de l’établissement ». Bienveillance : « Pouvoir parler aux professeurs sans difficulté et sans jugement, même dans les moments difficiles ».

Lire l’article original (PDF)

Sainte-Marie Lyon ouvre une UPE2A

Sainte-Marie Lyon a ouvert une classe pour accueillir une part infime des enfants migrants dans notre pays. Le Ministère de l’Education nationale a créé pour cela un sigle dont il a le secret : de même qu’un ballon est pour lui « un référent bondissant » et que nager se dit « Se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé », une classe d’enfants ne parlant pas français se nomme une UPE2A, c’est-à-dire d’une Unité Pédagogique pour les Elèves Arrivant Allophones.

Comme toujours au début de nos histoires il y a des rencontres avec des familles qui demandent de l’aide. Après l’invasion de DAESH dans les territoires peuplés majoritairement de chrétiens en Irak et en Syrie, beaucoup de familles ont choisi l’exil. Elles avaient tout perdu, ou étaient menacées, ou ne pouvaient plus vivre sans se convertir à l’Islam… Quelques-unes ont rejoint une partie de leur famille déjà expatriée en 1991 suite à la guerre du Golfe. Certaine ont atterri dans la Région lyonnaise. La République, dont l’administration a de belles grandeurs, a affecté les enfants assez rapidement dans des UPE2A d’établissements publics.

Ce qu’ignore la République et le Ministère de l’Education nationale en particulier, c’est que des enfants qui ont l’air de loin arabes, sont de facto assimilés par ceux que les français appellent des arabes à des musulmans. Les chrétiens représentent en effet en France une minorité désormais. Mais des arabes chrétiens, ce n’est pas dans notre champ de vision. Nos petits irakiens ou syriens chrétiens, sont donc arrivés dans des classes de primaire ou de collèges de banlieue où les maghrébins étaient sinon majoritaires du moins dominants. Très vite, ces derniers ont considéré que les nouveaux venus, venant de pays majoritairement musulmans, devaient être musulmans. D’ailleurs, ils avaient tout du musulman : le facies et la langue principalement. Bizarrerie : ils ne faisaient pas leur prière, leur mère n’était pas voilée, leur père pas barbu, ils ne pratiquaient pas le ramadan et même… certains ne parlaient pas arabe mais une langue bizarre. L’araméen !

Très vite l’injonction faite à ces petits venant du moyen orient d’être musulman ou d’être isolés ou rejetés a rendu leur vie impossible. Quant aux parents, chassés par DAESH de leur pays, comment pouvaient-ils accepter que, en France aussi, leurs enfants soient rejetés par des musulmans, même si ces derniers n’avaient rien à voir avec DAESH et étaient dépassés par ces déterminismes qui les poussaient à agir ainsi. Les familles ont donc déscolarisé leurs enfants.

La providence a mis sur notre chemin de bons lyonnais ayant recueilli, dans leur appartement pourtant pas si grand, une famille entière. Nous avons cru qu’il était dans notre tradition de venir en aide à ces familles chrétiennes. Sans préparation particulière, sans savoir faire, nous avons accueilli quelques enfants.

Des familles de l’établissement, que nous avons alertées, ont créé une association pour leur venir en aide et nous venir en aide par la même occasion : conversations, aide aux devoirs, invitations pour leur faire découvrir la ville, les accueillir… Dès cette première année, nous avons déposé un dossier de demande d’ouverture d’une UPE2A.

Ce type de classe les caractéristiques suivantes : une vingtaine d’élèves, presque une moitié de semaine en apprentissage du français avec une enseignante spécialisée – et arabophone -, les autres heures étant passées dans une classe d’enfants de leur âge en EPS, musique, arts… voire anglais ou mathématiques. Les objectifs étaient d’abord l’accueil, ensuite l’apprentissage du français, enfin la meilleure scolarisation possible.

Bien sûr la différence entre un enfant allophone de six ans qui apprend la langue en même temps que ses camarades nés en France et un jeune de quinze ans supposé suivre un cours de lycée que beaucoup d’adolescents français ont du mal à suivre, est énorme. Pourtant nous avons eu la joie de voir la réussite au baccalauréat général de tous ceux que nous avons présentés. Quelle admiration pour leur capacité de travail, de résilience comme on dit aujourd’hui !

Depuis deux ans, la situation en Syrie, en Egypte, en Irak, d’où venaient la plupart de nos élèves, s’étant sinon améliorée du moins stabilisée, la population de notre classe d’UPE2A a considérablement évolué : les migrations se suivent et ne se ressemblent pas, contrairement à ce qu’un coup d’œil extérieur laisse croire. Nous accueillons non seulement des migrants non francophones mais des NSA –enfants « non-scolarisés-antérieurement » et même des « MNA », c’est-à-dire des « mineurs non accompagnés »… migrants pour cause de guerre, de pauvreté, ils n’ont jamais pu apprendre à lire, à écrire, même dans une autre langue, et se retrouvent parfois sans parents, dans un pays étranger.

Camerounais, tchadien, maliens, égyptiens, libanais, roumains, ukrainiens… nous sont envoyés par les autorités académiques. Nous leur faisons la gratuité de la scolarité et de la cantine, l’Académie ne semblant pas savoir que les écoles sous contrat vivent des forfaits et des scolarités payées par les familles. Mais les familles de Sainte-Marie Lyon répondent encore généreusement à l’aide que nous sollicitons.

Aux premiers froids de l’automne, dernièrement, nous avons vu arriver certains jeunes en T-shirts et espadrilles. Leur foyer ne dispose pas de pull-overs, de vêtements ou de chaussures plus chaudes. Une collecte auprès des parents a donné très rapidement un beau résultat. Certains de ces jeunes nos ont demandé de pouvoir parler aux enseignants pour leur exprimer leur gratitude. Ils l’ont fait dans un français approximatif mais le message est parfaitement passé et nous nous sentions presque honteux d’entendre ces mercis. Malgré les difficultés objectives d’enseignement et d’éducation, quelle joie de pouvoir les accueillir dans notre maison mariste, avec l’aide de tous.

La fraternité, ça s’apprend !

Lorsque l’on a la chance de découvrir le lycée Sainte-Marie de Riom, on ne peut pas rester insensible à ce que l’on appelle ici « Les fraternités ». Elles sont au nombre de quatre : les Aigles, les Anges, les Lions et les Taureaux.

Chaque année, les élèves de seconde, dès leur entrée dans cette maison, intègrent leur fraternité lors d’un tirage au sort. Dès ce jour, ils sont accueillis par leurs ainés de première et de terminale. Ils auront la chance d’y découvrir le partage, la solidarité, le respect, la nécessaire cohésion de groupe.

Trois défis marquent la vie des fraternités durant l’année scolaire. Un défi sportif, un autre artistique et enfin le dernier est culturel. Des épreuves ludiques, dans un esprit joyeux, vont donc voir s’affronter les lycéens. La fraternité qui totalise le plus de points à l’issue du dernier défi se voit remettre un trophée réalisé par l’un des agents techniques de la maison.

Le mot fraternité nous dit beaucoup de chose sur les valeurs que l’on souhaite transmettre à tous ces jeunes. Il peut désigner le lien de parenté entre frères et sœurs d’une même famille, un sentiment de proximité unissant les membres d’une communauté quand ils partagent les mêmes convictions, les mêmes luttes. Elle s’expérimente quand il faut se serrer les coudes et faire face ensemble.

Dans la déclaration universelle des droits de l’homme, la fraternité renvoie à un état d’esprit essentiel qui rassemble les hommes par-delà leurs différences. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Troisième pilier de la devise républicaine, la fraternité n’est pas un droit qui se revendique ou se réclame comme la liberté et l’égalité. Elle est un esprit, une force spirituelle qui déplace les frontières entre les hommes et dont les origines sont d’abord bibliques.

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » demande Dieu en condamnant les rivalités qui menacent tout lien fraternel.

Nous avons la chance, à Sainte-Marie, d’être guidés par l’héritage que nous laissent les Pères Maristes : une communauté qui place l’élève, le jeune au centre de nos actions pédagogiques et éducatives.
Ces « fraternités » en sont un bon exemple.

Vivre la fraternité, c’est aller à la rencontre de l’autre, celui vers qui je ne me serais pas tourné naturellement, parce qu’il est trop différent de moi. C’est partager la vie quotidienne, en se découvrant une humanité commune, en faisant l’expérience de la vie d’équipe. C’est développer une attention au voisin, au nouveau, au plus fragile.

L’objectif de ce projet est bien de faire grandir ces jeunes dans la foi, la fraternité et le service. « Ce que l’on apprend de profond, on l’apprend par l’expérience et pas seulement par la leçon ».

Un grand merci aux enseignants, aux éducateurs et à tous les personnels qui permettent la réalisation de ce beau projet à Sainte-Marie.

Yann THEBAULT, Chef d’établissement du Collège et Lycée Sainte Marie de Riom